Le Sommet pour l'action sur l'IA de Paris et une fracture de gouvernance (2025)
En février 2025, Paris a accueilli le Sommet pour l'action sur l'IA. Une soixantaine de pays ont signé une déclaration sur une IA inclusive et durable, mais les États-Unis et le Royaume-Uni ont refusé, révélant une faille sur la manière de gouverner la technologie.
Les 10 et 11 février 2025, le Sommet pour l’action sur l’IA s’est tenu au Grand Palais à Paris, coprésidé par le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi. C’était le troisième d’une série amorcée avec le Sommet sur la sécurité de l’IA de 2023 à Bletchley Park et poursuivie à Séoul en 2024, et il a marqué un net changement d’ambiance : moins d’avertissements sur les risques existentiels, davantage de croissance, d’investissement et d’opportunités.
Une déclaration, moins deux
Une soixantaine de signataires, dont la France, la Chine, l’Inde, le Japon et le Canada, ont signé une Déclaration sur une intelligence artificielle inclusive et durable pour les personnes et la planète. Elle appelait à une IA ouverte, transparente, éthique et sûre, à réduire la fracture numérique et à éviter une concentration excessive du marché.
Les absents notables furent les États-Unis et le Royaume-Uni, qui n’ont pas signé. Le vice-président américain JD Vance a profité de son intervention pour mettre en garde contre une réglementation « excessive » et présenter des règles strictes comme un frein à l’innovation. Le Royaume-Uni a estimé que le texte manquait de clarté pratique sur la gouvernance mondiale et n’en faisait pas assez sur la sécurité nationale.
Deux théories de la politique de l’IA
La fracture ne portait pas vraiment sur la formulation. Elle a mis au jour deux réflexes rivaux : l’un qui veut des garde-fous internationaux partagés, dans l’esprit du règlement européen sur l’IA, et l’autre qui voit la réglementation comme un désavantage compétitif dans une course au calcul et aux modèles. Le sommet est venu quelques semaines seulement après que DeepSeek eut ébranlé les certitudes sur qui mène cette course, ce qui n’a fait qu’accroître les enjeux.
Pourquoi c’est important
Bletchley Park avait produit un rare moment de consensus sur la sécurité de l’IA. Paris a montré à quelle vitesse ce consensus s’est effiloché dès que l’argent et la géopolitique sont passés au premier plan. Pour une technologie construite par-delà les frontières, la réunion fut un signe précoce que le monde pourrait ne pas s’accorder sur un règlement unique, et que la gouvernance de l’IA pourrait se fragmenter selon les mêmes lignes que la question de savoir qui la construit.