Le Projet de recherche d'été de Dartmouth sur l'intelligence artificielle (1956)
Un atelier de six à huit semaines qui a inventé le terme « intelligence artificielle » et l'a établi comme champ de recherche.
Le Dartmouth Summer Research Project on Artificial Intelligence est largement considéré comme l’événement fondateur de l’IA en tant que discipline autonome. On l’a qualifié de « Convention constitutionnelle de l’IA ». L’atelier s’est tenu durant l’été 1956 au Dartmouth College à Hanover, New Hampshire, et a duré environ six à huit semaines, de mi-juin à mi-août.
La proposition
Le 31 août 1955, quatre chercheurs ont soumis une proposition à la Fondation Rockefeller :
- John McCarthy (Dartmouth College): qui a inventé le terme « artificial intelligence » dans la proposition elle-même,
- Marvin Minsky (Harvard): qui avait construit un simulateur d’apprentissage de réseaux neuronaux,
- Nathaniel Rochester (IBM): co-concepteur de l’ordinateur IBM 701,
- Claude Shannon (Bell Labs): fondateur de la théorie de l’information.
Leur première phrase posait l’ambition : “We propose that a 2 month, 10 man study of artificial intelligence be carried out during the summer of 1956 … on the basis of the conjecture that every aspect of learning or any other feature of intelligence can in principle be so precisely described that a machine can be made to simulate it.”
Le nom « artificial intelligence » a été choisi délibérément. McCarthy a expliqué plus tard qu’il voulait « clouer le drapeau au mât », pour séparer ce travail de la communauté plus vaste et moins ciblée des « études sur les automates ».
Ce qui s’est passé à Dartmouth
L’atelier n’était pas une conférence strictement organisée, mais une session de brainstorming prolongée où les chercheurs allaient et venaient. Seules trois personnes sont restées toute la durée : Ray Solomonoff, Marvin Minsky et John McCarthy. Un jour typique comptait entre trois et huit participants. Parmi les participants notables figuraient Allen Newell, Herbert Simon, Arthur Samuel, Oliver Selfridge et Trenchard More.
Le résultat le plus célèbre présenté à l’atelier fut le Logic Theorist d’Allen Newell, Herbert Simon et Cliff Shaw. Construit avec le langage de traitement de listes IPL, le Logic Theorist pouvait démontrer des théorèmes mathématiques des Principia Mathematica de Whitehead et Russell. Il a démontré 38 des 52 premiers théorèmes, et pour l’un d’entre eux, il a trouvé une preuve plus élégante que l’original. McCarthy a reconnu plus tard : « Newell et Simon étaient les stars. »
Autres contributions :
- Les idées de Minsky pour un démonstrateur de théorèmes géométriques qui ne tentait de prouver des énoncés que sur un diagramme. Herbert Gelernter a ensuite implémenté un prototype chez IBM.
- Les travaux précoces de Ray Solomonoff sur la complexité algorithmique, qui allaient influencer la théorie de l’apprentissage automatique et de l’inférence.
- Le programme d’échecs d’Alex Bernstein et la propre heuristique alpha-bêta de McCarthy pour la recherche dans les arbres de jeu.
- Le programme de dames d’Arthur Samuel, l’un des premiers exemples d’apprentissage automatique.
Pourquoi c’est important
L’atelier de Dartmouth n’a pas produit un seul article révolutionnaire ni un programme de recherche unifié. Son importance durable est symbolique et institutionnelle : il a réuni les personnes qui allaient définir le domaine pour les décennies suivantes, il leur a donné un nom commun, intelligence artificielle, et il a légitimé l’intelligence des machines comme un domaine sérieux de recherche scientifique.
Les thèmes esquissés dans la proposition de 1955, usage du langage, abstraction, résolution de problèmes et auto-amélioration, restent au cœur de la recherche en IA soixante-dix ans plus tard. De l’IA symbolique et des systèmes experts aux grands modèles de langage et réseaux neuronaux actuels, les questions posées à Dartmouth sont toujours celles auxquelles on répond.